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MAR

Elle, Nous

2014 à 19:14 11 commentaires

Her est un grand, un très grand film d’anticipation.

Her est une belle, une très belle histoire d’amour.

Her est un gracieux, un très gracieux mélange de ces deux genres, qui parvient surtout à les transcender, en évitant tous les poncifs attendus.

Le film est doux et intime. Comme beaucoup de films d’anticipation, il témoigne d’un moment crucial dans l’histoire d’une civilisation. Mais à l’inverse de tous les films d’anticipation, il se tient à son point de vue intimiste et véhicule énormément à travers si peu de personnages, de situations.

Comme peu de films sentimentaux, Her parvient à ne jamais prendre parti, pas plus qu’il ne juge. Le tout, avec un naturel désarmant.
Les trois mouvements de l’histoire (la rencontre, Samantha veut atteindre Theodore, ils se trouvent, Samantha dépasse Theodore) portent chacun en eux un éventail complet d’émotions qui leur sont propres, ou se répondant en fil rouge à travers les uns et les autres. Un chef d’oeuvre de tissage.

Sa D.A, retro-futuriste, se montre juste assez intemporelle pour accompagner l’identification, la prospective et la crédibilité d’un futur proche. La direction photo, qui frise parfois avec l’esthétique pub (peu de contraste, couleurs nombreuses et désaturées), offre le parfait contre-champ à l’intrigue : un monde un peu trop artificiel pour une intelligence un peu trop humaine.

Autre détail saisissant : les lumières, chaudes et naturelles, combinées avec la palette de couleurs chaude, font complètement sortir Her de la traditionnelle esthétique froide, précise et contrastée des films de science fiction. La technologie est au coeur de l’intrigue, mais disparaît presque toujours de l’image.

Her pose enfin et bien sûr sa réflexion passionnante sur l’Intelligence artificielle et la perte de souveraineté de l’Homme en haut de l’échelle de l’évolution. Entre post-humanisme et informatique, on sent que l’humanité en tant qu’entité ne pourra plus évoluer assez vite et que la prochaine étape sera exo-humaine : extra-terrestre ou artificielle.

Etre forcément perfectible, voir cassé par sa conscience, l’Homme invente un compagnon sans défaut pour venir combler ces failles. Et c’est cette création qui découvrira l’Amour absolu, celui que les hommes, dans leur état actuel, ne peuvent connaître.

Assister à ce passage de relai entre les deux héros de Her, entre l’homme et la machine, le tout entre douleur et compassion, fût l’un des moments les plus forts que j’ai pu vivre au cinéma. La métaphore du livre qui s’étire est magnifique de tristesse et de justesse. La logique derrière “plus j’aime d’hommes, plus je t’aime” est géniale, car au delà de notre capacité d’acceptation, mais à la limite de notre capacité de compréhension.

Les acteurs enfin, soutiennent avec un coeur fou ce projet. Joaquin Phoenix déborde d’humanité dans son jeu d’homme qui n’arrive pas à se laisser déborder. Scarlett Johansson éclabousse elle de sa voix trop charnelle cet OS trop (post) humain. Certainement sa meilleure performance depuis Lost In Translation. Chaque plan rapproché de Theodore seul laisse cette impression que Samantha est lovée en lui. Si on m’avait dit qu’une absence à l’écran se révèlerait aussi charnelle…

On pourra toujours trouver des défauts à Her, qu’ils soient profonds ou superficiels. Mais le film vous laisse dans un tel tourbillon d’émotions et de réflexion, que vous resterez là, le regard dans le vide, à imaginer cette voix parler à votre condition d’humain.

Her est un chef d’oeuvre qui regarde avec objectivité et attention l’évolution de cette histoire d’amour, tout comme l’Evolution de l’Histoire de l’homme.

11 commentaires sur ce post

  1. 01 paulinoups 26.03.2014 à 19:53

    Moi aussi tout ça. Love.

  2. 02 Alexis 26.03.2014 à 21:45

    Belle critique, je suis bien d’accord. Ce film m’a troublé !

  3. 03 Daz 26.03.2014 à 22:46

    #billetsponso

  4. 04 Marianne 26.03.2014 à 23:10

    Ça confirme le ressenti que j’avais eu en regardant la BA, je DOIS voir ce film ! Et une fois que je l’aurai vu, je reviendrai lire ton analyse avec un autre regard :)

  5. 05 Legolas 27.03.2014 à 0:13

    À la sortie de la projo presse, j’étais bouche bée, j’ai appelé ma chérie et je lui ai dit : je ne sais pas quoi dire, j’ai adoré mais il me faut du temps pour mettre des mots sur ce que j’ai ressenti.

  6. 06 eldane 27.03.2014 à 10:54

    je lirai ça plus tard, faut vraiment que j’y aille !

  7. 07 Roliesa 27.03.2014 à 15:29

    Spike Jonze <3

  8. 08 PiPercent 28.03.2014 à 22:40

    :’)
    Merci.

  9. 09 Whatever Works » Blog Archive Links I Love #6 1.04.2014 à 10:03

    [...] J’ai vu Her et je ne sais pas si je vais réussir à vous en parler. Monsieur Lâm l’a f… [...]

  10. 10 Damlec 1.05.2014 à 17:57

    Merci pour cette superbe critique qui rejoint en de nombreux points l’avis que je m’étais fait de ce film hors-norme.
    Her n’attend qu’un second visionnage pour entrer dans mon panthéon cinématographique personnel.

  11. 11 Lâm, un mec qui tient un blog de fille. » Archive du blog » Hack it – Steal it – Leak it, Slut-Shame it 1.09.2014 à 17:13

    [...] pas empêché de continuer sa carrière et de signer de gros rôles, comme la Veuve Noire, Her, Under The Skin ou [...]

» show all «

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