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Ça parle clairement de Chaos Théories

Ma grand-mère est morte et la seule personne pour qui je pleure, c’est mon père.

Parce que les histoires de famille sont celles qui peuvent déchirer ou séparer.

Parce que devenir adulte, ce n’est pas juste tuer le père, c’est aussi vouloir le protéger.

Je suis une personne qui a construit ses relations et ses constructions familiales de manière très méthodique, raisonnée, pragmatique. Parce que le sac de noeud qu’est une famille – amour, chair, raison, morale – m’a toujours effrayé. Une famille est une entité si forte dans son symbole et si chaotique dans ses empilements de faits, de liens, de névroses, de pathos, de souvenirs, que je l’ai toujours repoussée du bras, pour pouvoir garder un recul, une maîtrise. Sinon, je m’y noie.

Je suis très fort et très froid envers ma famille proche et ma famille étendue. Ma famille étendue, j’ai grandi sans depuis des années. Ma famille proche, je l’aime sincèrement car je l’ai dépiautée, analysée. Je veux aimer mes proches par raison et non par tradition. J’espère qu’un jour, mes parents, mes frères et soeurs, mes enfants ne m’en voudront pas. Et que nous nous parlerons encore.

En attendant l’enterrement, je pense fort à mes oncles, ma tante. Mon père. Je pense à leurs reflexions, leurs regrets, leurs douleurs, leurs trop plein de choses à dire. Je pense que la famille n’est pas notre premier cercle social, notre valeur refuge, notre ciment de base : La famille est une entité viscérale et incontrôlable, qui ne vous propose qu’un choix simple et non négociable : l’aimer ou la quitter.

Ce soir, je pense à ma famille, ses membres, leur choix.

Et j’embrasse mon père et sa défunte mère.

J’ai repris le sport.

Enfin, la salle de sport, je n’ai pas encore le droit de faire du vrai sport, rapport à mon coeur.

La recherche du rapport “contrôle de l’effort / résultats sur l’égo” optimal m’a mené à la muscu classique. Après plusieurs essais, j’ai atterri ce soir au Club Med Gym de Palais Royal. C’était comme je l’avais imaginé : déprimant.

Une salle bondé de gens qui courent, pédalent dans le vide. La notion de “fin de race, bout de civilisation” a toujours été associée pour moi à un homme en bonne santé, en bonne situation, qui court sur un tapis roulant, regard dans le vide au milieu de dizaines d’autres.
Nous sommes tous là, êtres urbains, à suer, se préparer pour l’été, pour un rdv, rester un élément physiquement alpha de la meute.

Au milieu des muscles atrophiés, des ventres qui veulent devenir plats et des casques Beats (je ne comprendrais jamais l’hérésie de suer avec un énorme truc comme ça sur les oreilles), me voici.

Je suis encore maigre, pas loin d’être malingre, j’ai une mine plutôt catastrophique. Donc j’ai la motivation gonflée à bloc, elle : Ne plus jamais me voir comme ça. Ne plus jamais être physiquement faible. Alors je rame, je soulève de la fonte, tire des cordes, enchaîne des abdos.

Toutes mes considérations philosophico-sociales précédentes, je les bouffe, je les mâche. Le besoin de me plaire, de me réconcilier avec mon égo est plus fort que tout. Je déteste la muscu pour la muscu mais pour le moment, elle fera l’affaire. Le temps que je récupère de la chair, avant que je puisse enfin tâter du ballon, chausser gants et protège-dents. Le vrai sport.

J’écoute de la power-song à fond, je regarde mécaniquement (et naïvement) les résultats dans le miroir après chaque série, je souris quand je commence à souffrir. Parmi la centaine de personnes qui comme moi, enfermées dans leur casque audio, suent seules en tête-à-tête avec leur vanité.


Et je repense ce shoot pour Divide

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Montre-moi

11 Jun 2012 à 12:06 35 commentaires

Je me suis acheté une montre.

C’est la première fois depuis une dizaine d’années – et pour cause : je n’aime pas les montres. Je les perds, j’ai des poignets fins, elles matérialisent mes retards. Mais là, pour plusieurs raisons, je me suis racheté une montre.

1. Je l’ai prise la plus grosse possible, pour qu’elle dénote sur mon bras. Je veux reprendre de la force, de la santé, de la chair après ces semaines de faiblesse physique et de visage émacié. Je cherchais un benchmark et cette grosse G-Shock toute noire en fera un parfait : je me sentirai assez bien dans mon corps lorsque mon avant-bras remplira correctement le bracelet.

2. Je l’ai prise pour moins prendre mon smartphone. Comme tout le monde, je suis aspiré par ce dernier, c’est une drogue et je me fais des lignes avec les yeux, 25 fois par jour. Après avoir tenté de moins le consulter – et failé, j’ai compris le modus operanti de ce crack tactile : l’heure. A force d’avoir des smartphones, on en vient à consulter l’heure par leur biais en priorité. Tu le sors de ta poche, tu le sors de la veille et hop, tu as l’heure. Mais aussi les notifications. Untel a aimé votre photo Instagram, vous avez 3 appels, 5 mails, une dépêche LeMonde. Et là, c’est l’aspiration dans le vortex des apps. Tu touches et tu te perds. Ma montre donc, je la brandis en bouclier pour contenir au maximum le smartphone hors de portée de mon attention.

3. J’ai acheté une montre pour être plus à l’heure, aussi. C’est pas mal pour cela.

Impossible de dormir, donc :

Une de mes grandes théories dans la vie, c’est que le Japon, après avoir digéré toute la culture occidentale dans les années 70-80, est devenu son avant-garde et nous regurgite les grandes tendances à venir. Si vous avez un des premiers numéros de Standard, je développe la chose. Sinon, nous en parlerons plus tard, autour d’un verre.

Les japonais, donc. Et la Photo.

J’ai grandi dans une culture où le japonais était défini comme un touriste coincé qui mitraillait tout ce qu’il voyait, non stop avec son appareil photo. Et faisait des petits signes de la main, genre les doigts de la victoire. Ah, que ma société, ma civilisation se moquait d’eux au XXe siècle.

Et puis, voilà le XXie siècle, celui de l’explosion de l’image. En 2011, il a été pris autant de photos que de la naissance de la photographie à 2011. Yep.

Et je vois tous mes amis, collègues, des inconnus, tout le monde shooter à tout va, non-stop. Leurs pieds, leur repas, leurs gadget, leurs reflets, leurs écran, leur looks, leurs achats, leurs bébés, leur visage, surtout. Avec plein de symboles “coeur”, “victoire”, “wesh”, formés par les mains. Sans oublier le Duck Face.

Evidemment, les conditions ont changé et le partage numérique de notre siècle a changé la donne. Mais je trouve cela amusant – et un peu amer – de voir que toute une époque, avant  se moquait de ces touristes nippons. Eux qui photographiaient avec le sentiment d’excitation et d’urgence ce qui était sûrement leurs uniques vacances en France. Quand les gens d’aujourd’hui mitraillent surtout leur quotidien, qui est devenu en général le centre d’intérêt de notre époque.

Je ne jette la pierre à personne, étant moi-même un photographe compulsif. J’étais juste d’accord avec l’approche des touristes nippons : tant de moment, tant d’opportunités de les immortaliser. Ils avaient raison et aujourd’hui, le monde shoote autant qu’eux.

Je vous laisse avec l’une des nouvelles tendances de la photo : le Cinemagraph, dont voici le mien produit sur l’Instagram du genre, Kinotopic.

Twitter cache bien son jeu : sous couvert de nous limiter à 140 signes, il favorise à écrire assez naturellement et donc, beaucoup. Et si l’on additionne tous ces brins de pensées, la masse de signes produits se révèle assez énorme.

La preuve avec le site All My Tweets, qui récupère vos 3200 derniers écrits (Twitter limitant les archives accessibles à ce nombre).
J’ai récupéré les miens et demandé à Julien de les formatter en un seul et unique bloc de texte de cette masse de :

- 3211 tweets exactement
- environ 11 mois d’activité sur le réseau
- 296626 signes pour 52493 mots (ou environ 200 feuillets pour le journaliste que je suis)
- beaucoup le liens (raccourcis) internet qui faussent un peu le calcul d’effort d’écriture

L’archive, qui représente un gros tier de mes tweets, se trouve sur cette page (sinon la longueur fait sauter mon flux RSS)

Je n’ose imaginer la taille d’un bloc de contenu issu de mes quelques 10800 tweets, ou de certaines timelines dépassant allègrement les 60000, 70000 interventions…

Cette masse quantitative, fragmentée et continue montre bien que le débat ne se situe plus autour du fait que nous écrivons plus (+) ou n’écrivons plus (-) au sens traditionnel du terme, mais que l’écriture n’a jamais tant incarné l’oral. Et que nous sommes toujours de grandes gueules.

Story Of My Life

6 Feb 2012 à 15:30 11 commentaires

Pour rebondir sur mon post précédent, le “divertissant” Sylvain m’a linké vers ce comic, complètement dans le vrai de la pertinence.

Bon, l’important, c’est de ce contredire. j’ai beau être cloué dans mon jogging dans mon canapé dans mon salon surchauffé aujourd’hui, je vais faire un peu de musique.

C’est Thomas qui, en laissant un commentaire sur le post d’origine, ouvre le bal : Bip.

Si vous ne connaissez pas, Bip est un petit signal autant qu’un concept auquel je pensais il y a 3 ans, durant cette période de fêtes. Durant ces jours de rassemblement familial ou amical, on se sent souvent seul, alors que l’on est particulièrement entouré. A traîner dans le canapé familial, à tenter de retrouver ses aises dans la chambre de son enfance, à vivre de l’extérieur un long repas de fêtes.

Bref, si vous aussi, vous vous sentez parfois seul à l’intérieur tout en étant entouré à l’extérieur, laissez un petit “Bip”. Un petit signal de partage de sentiment tout simple, que nous partageons tous à un moment ou à un autre.

Taux d’intérêt

11 Dec 2011 à 5:44 9 commentaires

Généralement,

Plus j’éprouve de l’intérêt pour une personne,

Moins mes propos, durant notre discussion, n’en présentent.

Classique.

Aussi passionné par le Savoir et la Culture que je suis, l’avènement de l’ère du “attends je regarde sur Google” et du “on va bien voir ce qu’en dit Wikipedia” me fatigue.

Je comprends qu’un déclic important s’est produit dans notre rapport au Savoir, maintenant que les questionnements et les débats de soirée ont enfin trouvé un dénouement assuré avec le web à portée de smartphone. Mais ces derniers temps, j’ai l’impression que l’excitation retombe.

Parce que désormais, nous savons que toute interrogation, toute discussion se termine par une réponse sûre et certifiée. Passée la période d’exultation d’avoir réponse à tout, on en vient à perdre la notion de Doute et l’appétit corollaire de se poser (des questions) ou de s’opposer (à un con).

Du coup, j’ai décidé depuis quelques jours de ne plus dégainer systématiquement de ma poche les réponses à mes questionnements. Et cela fait un bien fou. On se sent à nouveau motivé, ignare et donc, plein d’envie. C’est peut-être ça, le réenchantement du monde ? Woops.

Foule sentimentale

7 Jul 2011 à 19:16 22 commentaires

Quand nous étions ados et un peu fous dans nos têtes, l’Eté était perçu pour nos couples passionnés comme le récif sauvage contre lequel viennent s’écraser frêles esquifs de nos amours instables. Les grandes vacances, c’est trop dur, tu vois.

Quinze ans plus tard, la donne ne semble pas avoir changé. Alors que ces 18 derniers mois ont frappé comme un tsunami de mariages et de grossesse autour de moi, voici que la mer se retire.

C’est donc un ressac d’annonces de séparations, disputes, annulations de mariage, divorces, breaks et célibataires en CDI qui frappe mon entourage. Mon petit couple si idyllique n’a lui-même pas été épargné ces derniers temps par le stress et le déménagement (je vous ai dit que je déménageais ?).

Des bisous aux éclopés du coeur, je vous dédicace le Fridance de demain.


Et puis, parfois…