Taux d’intérêt
11 Dec 2011 à 5:44 9 commentairesGénéralement,
Plus j’éprouve de l’intérêt pour une personne,
Moins mes propos, durant notre discussion, n’en présentent.
Classique.
Ça parle clairement de Chaos Théories
Généralement,
Plus j’éprouve de l’intérêt pour une personne,
Moins mes propos, durant notre discussion, n’en présentent.
Classique.
Aussi passionné par le Savoir et la Culture que je suis, l’avènement de l’ère du “attends je regarde sur Google” et du “on va bien voir ce qu’en dit Wikipedia” me fatigue.
Je comprends qu’un déclic important s’est produit dans notre rapport au Savoir, maintenant que les questionnements et les débats de soirée ont enfin trouvé un dénouement assuré avec le web à portée de smartphone. Mais ces derniers temps, j’ai l’impression que l’excitation retombe.
Parce que désormais, nous savons que toute interrogation, toute discussion se termine par une réponse sûre et certifiée. Passée la période d’exultation d’avoir réponse à tout, on en vient à perdre la notion de Doute et l’appétit corollaire de se poser (des questions) ou de s’opposer (à un con).
Du coup, j’ai décidé depuis quelques jours de ne plus dégainer systématiquement de ma poche les réponses à mes questionnements. Et cela fait un bien fou. On se sent à nouveau motivé, ignare et donc, plein d’envie. C’est peut-être ça, le réenchantement du monde ? Woops.
Quand nous étions ados et un peu fous dans nos têtes, l’Eté était perçu pour nos couples passionnés comme le récif sauvage contre lequel viennent s’écraser frêles esquifs de nos amours instables. Les grandes vacances, c’est trop dur, tu vois.
Quinze ans plus tard, la donne ne semble pas avoir changé. Alors que ces 18 derniers mois ont frappé comme un tsunami de mariages et de grossesse autour de moi, voici que la mer se retire.
C’est donc un ressac d’annonces de séparations, disputes, annulations de mariage, divorces, breaks et célibataires en CDI qui frappe mon entourage. Mon petit couple si idyllique n’a lui-même pas été épargné ces derniers temps par le stress et le déménagement (je vous ai dit que je déménageais ?).
Des bisous aux éclopés du coeur, je vous dédicace le Fridance de demain.
On me dit souvent que j’ai le regard perdu ailleurs, l’esprit aussi. Il est vrai que l’attention et la concentration ne sont pas mes Pokemons de base: Je m’échappe, me perds, m’oublie constamment. J’ignore comment cela arrive, mais cela arrive tout le temps. Entre une narcolepsie de l’attention et un rêveur éveillé.
Penser à autre chose, des souvenirs insignifiants, des raisonnements farfelus, fantasmer sur un futur partant d’une contrainte, mongoliser sur rien. Mais c’est important. C’est souvent dans ces moments que je saisis soudain une facette de moi : comment je réagis, comment je (me) suis construit, pourquoi j’ai géré telle chose de telle manière il y a x temps. C’est étrange car cela ne vient souvent de rien. Comme si un rêve débouchait sur une leçon ou une morale claire.
C’est dingue, le nombre de choses que j’ai apprises sur moi en me perdant dans ces pensées.
Si un jour nous passons du temps ensemble et que vous me voyez soudain distrait, ailleurs, ne soyez pas vexé: sans m’en rendre compte, je fais un point sur ma vie – et évolue. Comme un Pokemon.
Depuis quelques semaines, le lol qui me fait le plus rire (impact visuel + art du détail + c’est tellement vrai) s’appelle Hover Hand, je vous avais d’ailleurs tweeté ce chef d’oeuvre à l’époque :

The hoverhand est très simple : des garçons tenant presque une fille par le bras. Presque, parce que leur main frôle l’autre corps, sans jamais le toucher. D’où le terme de “Hoverhand” et cette magnifique baseline : “So close, yet, so far.”
…………………………
Une seconde baseline est arrivée avec l’inévitable blog dédié : “Instant Virgin Detection”. Moins classe, il est vrai, mais Hoverhand est sauvé par la qualité des titres de chaque post, offrant au phénomène son code, ses stars et sa terminologie, un peu comme Hotchicks with Douchebags, la référence qualitative absolue du genre.

Et si je dévie sur HCWDB, c’est pour parler de ce petit phénomène que j’appellerai “LoBloBoo”,contraction de “Lol, Blog & Book”. Car c’est un peu la destinée rêvée de certains lols, destinée comme suit :
- On dégôte un lol
- On en fait un blog
- On publie un book
1. On dégôte un lol, ou plutôt un mono-lol, à savoir un domaine ultra précis et qui tire justement sa saveur d’un assemblage incongru de filtres et critères aboutissant à un gag bancal et monomaniaque. Le genre de truc que l’on trouverait en empilant quelques tours de vannes de manière incrémentale entre potes spirituels en général et bourrés à ce moment précis.
2. On en fait un blog, puisque le délire semble avoir passé le stade de délire de fin de dîner (ou alors, comme Mark Zuckerberg, on crée un site le soir même ET bourré). Du genre : Tom selleck avec des cascades et des sandwiches, les People pain, des Rappeurs lookés comme des magiciens, Randy Savage est partout, Nic Cage est tout le monde, quoi des boobs laser etc. Also, la moitié des Tumblr débutant par “FuckYeah” ou “Bonjour“. La moitié des Tumblr, même.
3. On édite un Book. Vient le moment où le succès du blog est assez gros pour qu’un petit éditeur propose d’en faire une compile en pages de bois mort. Ou alors qu’on auto-édite son délire du .com au point de vente. L’un des premiers cas fût Stuff On My Cat (bien avant I Can Haz Cheezburger), puis nous avons eu une multitude de lol-oeuvres telles les Chuck Norris Facts, Ackward Family Photos ou bien sûr Hot Chicks with Douchebags, avec pas mal de procès à la clef : bah oui, récupérer des photos sur Internet c’est lol, gagner de l’argent avec, c’est tout de suite plus IRL.
Bref, les ventes étant souvent confidentielles, l’essentiel reste surtout de valider pour l’éternité son lol avec un traditionnel bouquin.

…………………………
Alors pourquoi les LoBloBoo déjà ? Ah oui. Car vous pourriez me dire que je parle de Memes et du traditionnel merchandising découlant de projets à succès. Pas faux. Mais.
Déjà : mais, le Meme semble plus généralement une image détournée en une multitude de thèmes et légendes (Sad Keanu, les advice animals) quand le mono-lol se structure plus comme un thème très précis illustré par une multitude images. Dans le genre thème précis : des hiboux qu’on dirait qu’ils ont une gueule de bois.
Mais 2. les LoBloBoo présentent aussi ce côté “fait dans mon coin” de A à Z, de l’image à la création du blog mono obsessional à l’édition d’un livre ou de tshirts totalement incongrus pour 99,99% de l’humanité – et même un bon 90% des internautes.

On a beaucoup parlé du mouvement Home Studio dans les années 90, cette révolution qui permettait à tout à chacun de produire sa musique avec un ordinateur et quelques accessoires branchés en Midi.
Les années 00 auront aussi vu la montée du “home lol”, cet humour brillant “mais fallait y être pour comprendre“, qui ne devrait jamais sortir d’un salon enfumé ou d’une requête google et qui pourtant se répand, se fédère sur un blog et s’offre lui-même la consécration avec un bouquin en vente devant les caisses d’Urban Outfitter, comme on se fait un petit cadeau après un bon mois au boulot.
…………………………
Voilà, le LoBloBoo est un délire vécu et porté de sa naissance à sa mort par pas grand chose, hors des sphères classiques à l’échelle de l’individu qui ne lâche pas son délire. Voilà aussi, le LoBloBoo est un concept qui me paraissait super clair il y a 20 minutes mais maintenant je m’auto-galère à l’analyser et l’expliquer (aussi parce que je suis mort de rire en remattant HCWDB : ha ha ha ha haargh).
Je suis perdu rhaa, regardons vers le ciel, pour trouver l’inspiration ou alors au moins une chute acceptable à ce post.
Oh, wait.

Hover Finger. Father of all LoBloBoos.
Ceci n’est pas seulement un post sur le service à la Baleine et aux oiseaux.
C’est aussi une FAQ mixée avec une profession de foi mixée avec mon loltoshop chouchou du moment : le trollquote (une citation couplée à un auteur ET une photo incorrects), pour rendre hommage à la twittosphère française (si vous ne comprenez pas, cliquez sur les “+”).
Cela fait un bout de temps que j’ai envie d’expliquer comment je tweete. Non pas pour montrer la voie, comme dans un bon toptuto qui se respecte, mais plus pour me justifier. Et puis comme j’aime déborder et ne pas aller me coucher, je développe et m’égare.
Attention, vous risquez de lire un peu plus que 140 signes.
L’autre soir en soirée, on me disait qu’il “ne faut jamais faire confiance à une personne qui ne boit pas.” Pas faux, mais j’ai plus vrai :

Je ne sais pas si c’est lisible, j’ai écrit ce truc avec tout mon coeur sur ma nappe en papier lors d’un déjeuner matinal chez Egg, le rendez-vous bobobobo de Bedford Avenue. Voir tous ces gens (branchés et) heureux à moins de 9h00 du matin, hmm, louche. On a tous envie de mourir, avant 9h00 du matin.
Il n’empêche, je comprends tout à fait la corrélation “trop sain / anguille sous roche”, mais je possède mes propres critères.
Alcool ? Nan. Etant un buveur modéré, je trouve justement que les gens qui peuvent se passer d’alcool sont ceux qui génèrent assez de confiance en eux pour s’amuser en toute conscience, sans avoir à se cacher derrière un état second ou l’affreuse excuse “putain, mais comment chuis troooop bourré, quoi !” pour enfin pouvoir danser comme leur corps le leur dicte (n’importe comment, pas en rythme) et se jeter goulument sur le premier crush visuel/odorant qui passe.
Par contre, on pourrait imaginer des gens lève-tôt et anti-alcool et vierges.
Et là, paye ton croisement maudit, ton hybride méta-louche. Je vous le dis, ce genre de personnes, ça joue la morale dès le lever du jour, mais ça se transforme en serial-pedokiller dès la nuit tombée – principe d’équivalence oblige. Et ils existent.
Regardez donc ces livres qui trônent dans la vitrine de la librairie catholique que je croise chaque jour en allant poster mes paquets Decate :

Je suis trop crevé pour aller Googler Joshua Harris ou l’auteure du pavé de droite, ou balancer un petit loltoshop forever alone, mais je vous le dis les amis : La tentation de lire l’un de ces livres est aussi forte que celle de m’initier à la magie noire.
Ou pire, lire ce livre en se touchant, en buvant, vers 11h00 du matin : C’est peut-être un désert, peut-être un chemin vers Dieu.
En étant un peu méchant, je m’explique souvent pourquoi Kanye West est affublé de telles joues de Hamster : l’une contient son talent et l’autre, son égo.

My Beautiful Dark Twisted Fantasy, son 5e album, se révèle toujours aussi énorme, perso et puissant. Depuis 10 jours que je l’écoute, rien à dire : mélodies et prod aux petits oignons, thèmes et textes qui font mal et qui passent tout seul. Qu’on aime ou qu’on déteste le perso, l’artiste est musicalement au dessus de la mêlée, avec une discographie qui ne fait que monter en puissance, sans douter un instant.
Je le pense d’ailleurs au-dessus par le simple fait que tout le monde se moque facilement du bonhomme, de ses frasques et de ses déclarations mégalo à l’emporte-pièce (dont voici un best of frites coca) et qu’en même temps, tout le monde s’incline devant sa musique. Un tour de force, mais aussi la marque des plus grands, Michael Jackson en tête. MJ qui obsède d’ailleurs le père West.
//MJ DEAD
Comme le fait remarquer Pitchfork (qui a donné un 10/10 à l’album, fait rarissime), le passage intéressant du super-clip-showroom-musicalo-visuel Runaway apparaît à la 7e minute : le titre “All Of The Lights” met en scène une parade funéraire pour Michael Jackson.

Pas tant un deuil que la réclamation de la couronne par Kanye : yep, il est prêt à devenir le nouveau roi de la Pop. Evidemment, cela fait rire tout le monde, mais cela pose également le problème de la disparition des icônes pop planétaires – et par corollaire l’interrogation sur la nécessité d’en avoir.
//FLUX DE MICROS STARS
Car si l’on regarde bien notre époque, la schéma d’un nombre réduit de stars globales est révolu. Tout comme le web a fait passer la culture d’un point à un flux, les stars naissent, défilent et disparaissent aujourd’hui à grande vitesse. On ne sera plus jamais le fan d’un groupe durant un bon tiers de notre vie, mais on aura des rapports suivis sans plus avec beaucoup d’artistes.
Regardez dans le rock : tous les ans les médias spécialisés nous servent leur marronier à eux leur, ‘Comment perdre 15 kilos en 15 jours” du Elle, leur “Secret des Francs Maçons” de l’Express : qui est le plus grand groupe de rock du monde ?
Ces dernières années, on a vu défiler pour ce titre U2, Radiohead, Nirvana, Oasis, Coldplay, Arcade Fire… J’ai même vu cette titraille pour Kings of Leon dans le metro récemment. La question n’est pas de savoir si ces groupes sont bons ou surestimés, mais s’ils sont reconnus de manière globale et inter générationnelle comme le sont les Beatles – un groupe mort.

Si on vous demande la plus glamour des femmes ? Marilyn. Le plus grand chanteur ? Sinatra, Elvis, Michael. Que des gens morts, disparus ou ayant explosé durant les 30 glorieuses. En face, nous vivons une époque de stars express : Britney Spears a connu gloire, déchéance, enfer et retour à la vie en quelques années. Justin Bieber (encore une fois, je ne parle pas de qualité), arrivé en 2008, sort déjà son biopic en 2011. Arcade Fire ? Génial, déjà too much. Lady Gaga ? Bombardée en urgence icône planétaire sans qu’on sache vraiment pourquoi.
Evidemment que ces artistes sont connus. Mais peut-on fredonner leur chanson même dans un petit village vietnamien ? Alors que “Thriller”, oui.
//BRULER ETAPES ET AILES
Dans une époque qui va trop vite, les artistes n’ont plus le temps et le peps pour regner durablement sur leur domaine. Et nous, les gens, ne sommes plus dans cette culture. Nous sommes dans la culture de micro célébrités éphémères, de turn over d’icônes.
Je n’ai pas envie de porter un jugement sur quelle époque est la meilleure, mais il n’empêche : dans cet ère désormais instable et volatile, la démarche mégalo de West paraît encore plus décalé, utopique, venue d’un autre temps : il veut devenir un Dieu de la pop.
D’où la grande source de moquerie qu’il génère : un génie artistique redéfinissant les frontières du hip hop et de la pop, doublé d’un people excentrique, complètement largué, anachronique et maladroit. Oui, cela fait encore penser à Michael.
En attendant, West s’est fixé son objectif et n’en dévie pas. A coup d’albums renversants et de gestion d’image minable, il ne dévie pas de son trajet vers la lumière : que ses chansons lui survivent longtemps et partout. Certains diront qu’à s’approcher inexorablement de la lumière, il va se brûler les ailes, et plus encore.
Ils n’ont juste pas compris que pour Kanye, mourir c’est une aussi une manière sûre de devenir un mythe, quoiqu’il en coûte. Sur des mélodies d’auto-destruction flamboyante cet homme s’est destiné à devenir une étoile. Dommage pour lui que, plongés dans nos écrans, on ne regarde plus trop vers le ciel.


On me dit que les gens qui font plein de choses ne savent pas vraiment ce qu’il veulent.
Je pense que les gens qui font plein de choses savent exactement ce qu’ils veulent.
Bonne semaine.