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Ça parle clairement de barack obama

Je discutais hier avec un humoriste anonyme de la politique.

Je regardais hier les discours et campagnes de nos candidats : de l’extrême gauche à l’extrême droite, que c’est triste.

Je re-visionnais hier soir la fameuse joute entre John McCain et Barack Obama lors du Al Smith Dinner de 2008, en plein “second tour”…
Quel humour, quelle classe, quelle parenthèse enchantée au milieu d’une lutte sans merci.

Ici, John McCain :

Et Barack Obama :

Ce matin, je rêve que nos canditats aient un jour ce moment – et ce talent.

Le lendemain d’un grand évènement, je suis toujours frappé à la fois par l’excitation et la frustration.

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L’excitation car, de manière assez évidente, je suis bon public et l’Histoire au sens évènementiel me transporte facilement : Coupe du Monde, retrospective de J.O, élection d’Obama, grande manif’… Je marche à fond à chaque ralenti, chaque témoignage, chaque larme etc.

Ce matin dans le metro, j’avais les yeux rouges et embués juste à la lecture du numéro spécial de Libé. Pas tant pour mes convictions que par le ressenti des gens là-bas et de la puissance du mouvement actuellement en marche vers le Pouvoir. J’ai regardé comme beaucoup des vidéos d’archives hier jusque 4h00 du matin avec délectation. J’avais aussi acheté et longtemps conservé le numéro de l’Equipe célebrant les Bleus de 98, ou le Time du 9/11. Ces objets fonctionnent pour moi comme un bout du Mur de Berlin.

L’histoire d’Obama, nous la connaissons tous et nous commençons à tous la connaître de mieux en mieux. C’est un vrai film, un film à Oscars : profil de l’homme, caractère, glamour, coups bas et rebondissements, innombrables anecdotes et les yeux transis de l’Amérique face à ses légendaires discours…

De la même manière, j’avais dévoré les articles sur Nicolas Sarkozy juste après son élection, au delà de mes vues politiques : son histoire, ses talents oratoires, son mepris des formes et des règles, la droite qu’il a alors réveillée, cela m’interpelait d’autant plus que je détestais et déteste cet homme.

Il n’empêche : les histoires et leurs conclusions sont incroyables, extraordinaires.

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L’Historique, c’est aussi la Frustration car, dans les grands moments, nous avons tous le vertige.
Nous voudrions déjà dévorer, ingurgiter et digérer toutes les réactions, les images, les vidéos, les moments dans chaque ville. Sans le don d’ubiquité, on se sent vite perdu dans un coin de la salle.

Par corollaire, nous voudrions que la Terre entière entende ce que nous avons à dire, ce que nous ressentons, mais nous voici noyé dans la masse de l’enthousiasme et les cris de millions de personnes dans notre cas… la vue d’ensemble est alors belle, mais à l’échelle individuelle, on se sent un peu impuissant. Si l’on est curieux ET grande gueule, les moments historiques sont ainsi souvent ressentis comme écrasants autant qu’exaltants.

La frustration enfin comme la peur du lendemain. On déteste tous le cafard post colonie de vacances, soirée ou expérience collective. Une fois l’euphorie retombée, on déteste ce que l’on voit, ce que l’on vit, le quotidien qui reprendra ses droits. La descente est souvent très désagréable. Ces deux derniers jours, la plupart de mes discussions sont forcément passées par le cas Obama, empruntes de lyrisme, de reflexion, de rire, d’incrédulité et de “et imagine si…“…

Que l’on aime ou pas cet homme, l’important, c’est qu’il fédère à point donné toutes les conversations. L’unité qui s’en dégage est grisante, on voudrait ne pas la voir se désagréger.

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Le cas de Barack Obama et de son élection changent cependant un peu la donne.
Car cet homme sera dans quelques semaines le plus puissant du monde (officiellement). Il fera partie de notre quotidien et influera sur nos vies, directement ou indirectement. Le soufflé ne retombera alors pas si vite (à moins qu’il ne mouline ou merdouille gravement).

L’ampleur de cet évènement retombera alors, mais sa Raison même restera, sans oublier la sympathie globale que 80% du globe éprouve pour Obama. Il restera, il survivra au moment historique qu’il a crée, ce qui n’est pas le cas de tous. Je suis toujours triste de voir comment les mecs de France 98 tentent de se reconvertir, tombent finalement vite dans l’oubli etc.

En attendant, le lis Libé, j’ai les yeux rouges, le cerveau en ebullition et un petit sourire. L’important, ce n’est finalement pas que l’Euphorie retombe, mais bien qu’elle laisse place à quelque chose.

Bon allez, je n’en peux plus, tombe de sommeil, mais j’ai ma réponse : sur le site Live de TV5 Monde, ils n’arrivent pas garder le suspens dans leur poche : Barack est en train de gagner et les Etats Unis sont en train de faire un grand pari. Ils n’arrivent pas non plus, comme 80% des médias, à ne pas commenter cette élection de manière objective : tout le monde veut voir Barack gagner.

J’espère juste me réveiller demain sans la mauvaise surprise de Al Gore en 2000. Sans doute comme 80% de la planète. Sa victoire était devenue si évidente qu’on en était venu à douter, à chercher la faille, le renversement de situation, l’arnaque, la déception, le sniper, n’importe quoi qui pourrait changer la marche inarrêtable du candidat démocrate, mais apparemment, non : tout semble se dérouler de manière idéale, comme prévu, comme dans film américain, avec Self Made Man, lutte contre les conventions et happy ending triomphal. Voilà, l’Ohio serait tombé côté Obama, c’est donc plié.

C’est très beau, limite parfait. Il faudra voir comment Obama tiendra, après son triomphe, un pays qui entre au quotidien dans une période critique et moins glamour. J’ai envie d’y croire, restons optimistes et joignons-nous à la fête en nous endormant serein…

Président noir, vague bleue au Sénat, participation sans précédent, pas de scandales, jeunes plein d’espoirs etc. Oui, endormons-nous avec cette vision. Et réveillons-nous enfin d’une décennie de Bush.


(+ chez TBP)