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Ça parle clairement de kanye west

No Yeezy listening

20 Jun 2013 à 1:59 4 commentaires

Ce dernier album de Kanye West m’a perdu comme prévu, comme tout le monde.

“Quelle, la, baise.”

Je réflechissais très fort à ce que j’allais écrire (d’intelligible) sur Yeezus, à tracer ce parallèle avec la position et la disco des Daft dans l’EDM, du mot “glitch” qui (me) revient globalement en tête, mais tout a été dit dans cet excellent article/discussion de l’abcdraire du son. Mieux, de manière plus complète, lisible, naturelle : Yeezus n’est pas un bon album en soi, mais c’est une brique forte dans le Grand Plan de West.

+ de posts sur Kanye West

 

Ah oui, Kanye West. Hier soir au Zenith, concert presque surprise, dans la lignée de sa tournée entamée il y a quelques semaines à Atlantic City. Pas de nouveaux morceaux, mais du Kanye pur jus : créatif, décevant, épique, ridicule. Ce qui rend l’artiste certainement unique et si polémique dans nos coeurs.

On retourne aux photos.

Notes dans le désordre :

- On nous a demandé de venir à 19h30. Le concert a commencé à 21h30.

- La scénographie est un bon symbole de la créativité de West. Scène inclinée, 7 écrans, déco minimaliste, peu ou pas de spots, parfois un peu de neige qui tombe. Sans oublier le stylisme, fou.

- La scénographie est un bon symbole de l’égo de West : aucun groupe, aucun featuring, deux musiciens déguisés en ninjas blancs pour se fondre dans le décor. Le bonhomme veut être seul sur scène, l’unique point d’attention. Les images de nature en boucle confirment la sensation : jolies, elles semblent surtout choisies pour ne pas trop détourner l’attention. Le même système que les clips de karaoké.

- Rester aux avant-postes de la fosse (aka 3, 4 mètres de l’artiste), c’est sport, c’est sueur.

- J’ai pris les photos avec le Samsung Galaxy Camera, mon Sony NEX-7 s’étant fait griller par la sécurité de l’entrée.
C’est l’une des raisons pour lesquelles je publie en noir et blanc : les couleurs crachent pas mal.
L’autre raison, c’est que ce noir et blanc se marie bien avec l’atmosphère du concert.
La raison bonus, c’est que cela me fait penser à mes photos du showcase Jay-Z / Eminem.

- En musique, le rock a ses solos de guitare, la pop a ses couplets Rap, Kanye West a ses moments Kanye West. Comprendre, l’artiste ne démord pas de son habitude de couper ses chansons avec des monologues et freestyles de six, dix minutes. Parfois lourd, parfois gracieux.

- Cette tenue blanche  - camisole + Nike Air Force Mid’, quelle classe.

- Ces ingés ninjas blancs, quel lol.

- “I’m Picasso, I’m Basquiat, I’m Steve Jobs.

- Puis, “It’s hard to be a motherfucking asshole.

- Oui, il nous refait encore le cou du “stopstopstop, c’est naze, on recommence.”

- Le concert était étrange, avec de vrais temps morts, pas de folie, mais de la singularité. L’antithèse de Watch The Throne, d’une certaine manière.

- Ses deux masques sont évidemment géniaux. On dirait du Cosplay tiré de l’univers mental de l’artiste. Entre le masque Femto des neiges et le fameux masque Diamant de Margiela, on se régale visuellement et mince, M. West ne sue même pas dedans. Il ne pue que la classe.

Viendra la séquence la plus tragi-comique de ce concert : parti pour faire son rappel sur “Gold Digger“, comme pour Londres, West est rattrapé par le public français. Oui, ils veulent “Niggas in Paris”, l’instant classic hypnotique devenu culte sur la tournée Watch The Throne (voir mes photos sur ce post), encore plus à Paris.

Evidemment que Kanye ne l’a pas prévue dans sa tracklist ultra lockée. Bien sûr, qu’il ne va pas l’interpréter sans Jay-Z. Bien sûr que ce soir, ce sont ses hits, pas ceux partagés avec d’autres. Et pourtant, il s’arrête avant de quitter la scène. Se retourne vers nous, l’air sincèrement interloqué. Moment de flottement. Les “Niggas ! In ! Paris !” redoublent. Le public, mi-troll, mi-optimiste, veut y croire.

Kanye sourit, la foule exulte. Et puis, il lâche qu’il aura de nouvelles choses pour dans quelques mois. Déception, c’est mort pour le rab’. Mais il ne quitte pas la scène, les français ne lâchent pas : “NIGGAS IN PARIS !“.

West semble perdu au fond de sa scène inclinée. Puis soudain, au milieu des vivats, il lève les bras, son visage dit “lol, no”, et il se casse, sans un mot et sous les sifflets. On ne joue pas au plus troll avec Kanye.

 

Bonus : une amie ayant accès au backstage m’a live smsé sa traque de Kanye dans les loges. Elle l’a trouvé… En train de jouer à Puissance 4. Véridique. (update : c’est une vieille habitude, merci pour vos précisions)

+ Photos du concert “Watch The Throne”

+ Photos du Showcase Jay-Z / Eminem

 

Hier, j’ai été voir deux rappeurs.

L’un avec de grosses lèvres, l’autre avec de grosses joues, l’un avec le meilleur flow du hip hop, l’autre les prods qui l’ont révolutionné. Deux noirs à Paris, pour deux dates annoncées comme mémorables.

J’y étais pour la seconde (merci Romain), j’en suis ressorti avec l’envie de résumer le concert en 11 images prises sur place :

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m i s c t e n

24 Nov 2011 à 23:33 16 commentaires

Etoile de l’Ouest

25 Nov 2010 à 3:54 41 commentaires

En étant un peu méchant, je m’explique souvent pourquoi Kanye West est affublé de telles joues de Hamster : l’une contient son talent et l’autre, son égo.

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My Beautiful Dark Twisted Fantasy, son 5e album, se révèle toujours aussi énorme, perso et puissant. Depuis 10 jours que je l’écoute, rien à dire : mélodies et prod aux petits oignons, thèmes et textes qui font mal et qui passent tout seul. Qu’on aime ou qu’on déteste le perso, l’artiste est musicalement au dessus de la mêlée, avec une discographie qui ne fait que monter en puissance, sans douter un instant.

Je le pense d’ailleurs au-dessus par le simple fait que tout le monde se moque facilement du bonhomme, de ses frasques et de ses déclarations mégalo à l’emporte-pièce (dont voici un best of frites coca) et qu’en même temps, tout le monde s’incline devant sa musique. Un tour de force, mais aussi la marque des plus grands, Michael Jackson en tête. MJ qui obsède d’ailleurs le père West.

//MJ DEAD

Comme le fait remarquer Pitchfork (qui a donné un 10/10 à l’album, fait rarissime), le passage intéressant du super-clip-showroom-musicalo-visuel Runaway apparaît à la 7e minute : le titre “All Of The Lights” met en scène une parade funéraire pour Michael Jackson.

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Pas tant un deuil que la réclamation de la couronne par Kanye : yep, il est prêt à devenir le nouveau roi de la Pop. Evidemment, cela fait rire tout le monde, mais cela pose également le problème de la disparition des icônes pop planétaires – et par corollaire l’interrogation sur la nécessité d’en avoir.

//FLUX DE MICROS STARS

Car si l’on regarde bien notre époque, la schéma d’un nombre réduit de stars globales est révolu. Tout comme le web a fait passer la culture d’un point à un flux, les stars naissent, défilent et disparaissent aujourd’hui à grande vitesse. On ne sera plus jamais le fan d’un groupe durant un bon tiers de notre vie, mais on aura des rapports suivis sans plus avec beaucoup d’artistes.

Regardez dans le rock : tous les ans les médias spécialisés nous servent leur marronier à eux leur, ‘Comment perdre 15 kilos en 15 jours” du Elle, leur “Secret des Francs Maçons” de l’Express : qui est le plus grand groupe de rock du monde ?
Ces dernières années, on a vu défiler pour ce titre U2, Radiohead, Nirvana, Oasis, Coldplay, Arcade Fire… J’ai même vu cette titraille pour Kings of Leon dans le metro récemment. La question n’est pas de savoir si ces groupes sont bons ou surestimés, mais s’ils sont reconnus de manière globale et inter générationnelle comme le sont les Beatles – un groupe mort.

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Si on vous demande la plus glamour des femmes ? Marilyn. Le plus grand chanteur ? Sinatra, Elvis, Michael. Que des gens morts, disparus ou ayant explosé durant les 30 glorieuses. En face, nous vivons une époque de stars express : Britney Spears a connu gloire, déchéance, enfer et retour à la vie en quelques années. Justin Bieber (encore une fois, je ne parle pas de qualité), arrivé en 2008, sort déjà son biopic en 2011. Arcade Fire ? Génial, déjà too much. Lady Gaga ? Bombardée en urgence icône planétaire sans qu’on sache vraiment pourquoi.

Evidemment que ces artistes sont connus. Mais peut-on fredonner leur chanson même dans un petit village vietnamien ? Alors que “Thriller”, oui.

//BRULER ETAPES ET AILES

Dans une époque qui va trop vite, les artistes n’ont plus le temps et le peps pour regner durablement sur leur domaine. Et nous, les gens, ne sommes plus dans cette culture. Nous sommes dans la culture de micro célébrités éphémères, de turn over d’icônes.

Je n’ai pas envie de porter un jugement sur quelle époque est la meilleure, mais il n’empêche : dans cet ère désormais instable et volatile, la démarche mégalo de West paraît encore plus décalé, utopique, venue d’un autre temps : il veut devenir un Dieu de la pop.
D’où la grande source de moquerie qu’il génère : un génie artistique redéfinissant les frontières du hip hop et de la pop, doublé d’un people excentrique, complètement largué, anachronique et maladroit. Oui, cela fait encore penser à Michael.

En attendant, West s’est fixé son objectif et n’en dévie pas. A coup d’albums renversants et de gestion d’image minable, il ne dévie pas de son trajet vers la lumière : que ses chansons lui survivent longtemps et partout. Certains diront qu’à s’approcher inexorablement de la lumière, il va se brûler les ailes, et plus encore.

Ils n’ont juste pas compris que pour Kanye, mourir c’est une aussi une manière sûre de devenir un mythe, quoiqu’il en coûte. Sur des mélodies d’auto-destruction flamboyante cet homme s’est destiné à devenir une étoile. Dommage pour lui que, plongés dans nos écrans, on ne regarde plus trop vers le ciel.

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