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Ça parle clairement de stevie wonder

Rien à voir avec la fin du monde, mais une envie de vous parler des chagrins de fin de relation – et surtout, de la méthode pour les traverser – et enfin de renouveler.

Ces derniers mois, j’ai beaucoup écouté, peu parlé, mais travaillé ma propre technique, entre pragmatisme, auto-dérision et exploitation des autres (si, si) : Il faut se mettre des oeillères et regarder bien droit devant – il faut relativiser.

Aaaw… Dawson

Vous me direz, “facile de sortir un truc aussi bateau, mais moi c’est pas pareil parce bah avec mon ex on av… bouhouhouh” etc.
Bah non, ce n’est pas facile. Bah si, c’est pareil. C’est même le coeur de ma technique : N’oubliez jamais que vous êtes uniques, comme tout le monde.

Mise en place de la théorie de la relativitétisation.

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LA MUSIQUE (DES AUTRES)

Il faut tout d’abord écouter beaucoup de musique. Triste. Triste et célèbre. Des hymnes de la chouine. Parce que de base, vous êtes un autiste depuis 3 semaines, qui s’enferme sous son casque audio en se balançant en position foetale.

Ce qui est génial avec les chansons (d’amour) tristes déjà, c’est qu’elles sont belles. Tout comme il est plus aisé de critiquer que de créer, il est easy de faire chouiner.
La vraie puissance de la chanson triste ensuite, c’est qu’elle parle à tout le monde : toi aussi, tu as regardé l’horizon, le vent dans le dos ? Toi aussi, tu as encore son parfum jusque dans les os ? Toi aussi, baby forever ? Le mécanisme d’identification fonctionne à fond, la chanson triste permet donc de se sentir moins seul et d’accrocher à un morceau une période sa vie, tel le linge mouillé sur un étendoir de mélodies. Et c’est là qu’entre en jeu le second effet Kiss Kool : on se sent ridicule.

A force de se dire que cette chanson, c’est vraiment trop complètement ta vie, tu en viens à te demander si elle parle à d’autres personnes. Et fucking Oui. Des millions de disques vendus, des larmes intergénérationnels depuis des décennies, des milliers coms’ qui pourraient être les tiens sur Youtube. Tu réalises (enfin) que ton chagrin d’amour est peu ou prou semblable à celui de tout le monde. Chose qui se révèle d’abord vexante (je suis unique), mais rapidement rassurante (comme tout le monde) : bienvenue dans la foule sentimentale.

Tenez, moi ça m’a pris juste deux titres, beaucoup d’écoutes et ça, c’est super :

Stevie Wonder – “Lately” (1981)
Pour la partie “PUTAIN JE LE SAVAIS JE L’AVAIS SENTI MAIS J’AI RIEN DIT” de mon chagrin

Léo Ferré – “Avec le Temps” (1969)
Pour la partie “Calme-toi, ça va passer” (x1000) de mon deuil sentimental

Et en titre bonus :

M83 : “Lower Your Eyelids To Die With The Sun” parce qu’il faut toujours une musique complètement too much pour accompagner ses larmes, comme le meilleur pote qui pose ta tête sur son épaule et te dit “c’est bon, tu peux pleurer, ça fait du bien“.
Avec ce morceau d’M83, on à l’impression qu’à la première larmichette qui pointe, on voit une immense vague s’écrase sur un rocher, créant des éclaboussures au ralenti, alors que le Soleil perce soudain les nuages, tombant sur ton corps prostré – mais les bras grands ouverts. Oui, les pleurs overkill, c’est pas mal, c’est un moment où il ne faut pas être pudique. Cette chanson est encore plus efficace qu’un hammam, pour t’ouvrir en grand les pores de la chiale.

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LE MALHEUR (DES AUTRES)

La musique posée, il faut continuer de relativiser. Et pour cela j’ai une technique infaillible : se repaître du malheur des autres. Bon, l’expression est un peu extrême, mais il ne faut pas non plus se cacher.

Le meilleur moyen de relativiser ses malheurs, c’est de découvrir ceux des autres : Ils sont souvent bien pires. Du coup, on se sent un peu ridicule et précieuse, avec notre petite chagrin à nous. Donc on relativise donc on oublie plus vite donc en plus, notre tristesse se retrouve presque par excuse transformée en énergie empathique pour ces autres, qui souffrent aussi.

First person problems

J’ai été trompé et marqué dans ma chair (on ne va pas revenir dessus, sinon cherchez sur Google : j’ai un blog) mais récemment, j’ai aussi vu des copines accoucher ou élever leur bébé seules, un ami également trompé et encore profondément ébranlé, un de ces fameux couples d’amis “Tom & Jerry” (ils sont tellement toujours ensemble qu’on les appelle par leur deux prénoms systématiquement) se séparer, les breaks à répétition, la stérilité pour de bon… J’ai aussi vu autour de moi la Maladie et la Mort, ces derniers temps.

Je ne me réjouis évidemment pas de ces malheurs, mais inconsciemment et puissamment, je puise en eux les rames pour avancer, presque honteux de me souvenir pourquoi je suis dévasté.

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L’AUTRE

Enfin : Tombez amoureux.

Cela vient de m’arriver. Je me sens merveilleusement bien et donc merveilleusement ridicule, en repensant aux proportions de mon chagrin d’amour, qui aura débuté presque un an jour pour jour.

Deuil done.

Thierry la Fonk

3 Feb 2011 à 2:46 27 commentaires

Sur Twitter, l’infâme Gomar fait une fixette sur un artiste : Thierry Pastor et l’un de ses “hits” : “Sur des Musiques Noires”. Magnéto :

Alors ok, on a bien rit sur le look Roland Magdane slim, le sexy saxophoniste over the top, les références pas très noires à la musique noire etc.

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Mais à la fin, que reste-t-il ? L’air, la mélodie. Sacrément accrocheuse. Je ne rigole pas, j’aime beaucoup. Je me posais la question sur la source de cette petite addiction à la chanson et soudain, le mot tombe : générosité.

On pourra vanner Thierry sur plein de choses, mais ce qui me séduit, c’est sa générosité d’interprétation : Il est à fond (même en playback). Et sa production, sa mélodie, sa basse et son synthé sonnent riches et sonnent pop. Je vais lâcher l’autre mot, mais : ça fait “américain”, au bon sens du terme.

Tenez, fermez les yeux, virez la piste voix du morceau et vous entendez quoi ? Bah ouais, du Lionel Richie. Si je l’ai dit trop tard arrêtez d’hurler : Lionel Richie.

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Du coup je (me fiche de vos insultes rapport au rapport avec Lionel Richie et) scanne un peu le Thierry sur le net et bim. Evidemment : il a bossé avec Gilbert Montagné.
Vous allez encore rire, mais Gilbert Montagné est un putain de musicien et chanteur. Si on aime toujours autant ”Sous Les Sunlights Des Tropiques“, c’est aussi et surtout parce que la prod’ à l’américaine est béton, tout comme l’interprétation. C’est de la putain de variet’ de qualité.

Lors de ma folle semaine au Brésil, Gilbert Montagné était également invité (et Bernard Farcy aussi, mais ça tout le monde s’en fout) et bon Dieu, le bonhomme nous tuait dès qu’il s’y mettait, surtout quand il interprétait du Stevie Wonder, sa référence ultime dont il partage (la cécité ok ok, mais surtout) la générosité d’interprétation. Regardez -moi ce “On Va S’Aimer” live cuvée 83, si on n’a pas envie de venir sauter avec lui quand on le voit :

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Tout ça pour en revenir à notre Thierry qui franchement, ne démérite pas. Et dénote encore plus aujourd’hui dans notre ère de la chanson française à texte pseudo-maline.

Vous en connaissez beaucoup vous, des chanteurs français généreux et décomplexés dans leur amour de la pop US ? Et ne me dîtes pas Christophe Maé par pure vengeance hein, je retire pour Lionel Richie. Un peu.