20
AUG

Ah, Sleep No More.

La fameuse et unique performance théâtrale que j’ai enfin pu vivre.

Toute la beauté de Sleep No More réside bien évidemment dans sa découverte la plus brute possible, je ne vais donc pas vous en faire la bande annonce qui claque tout.

Juste pour vous partager – sans rien spoiler – quelques ressentis et analyses de ce genre de projet, qui me fit déborder d’admiration, tout en me faisant frôler l’entorse mentale devant l’ampleur et la complexité du projet.

Le point de départ : vous allez naviguer librement et masqués dans une pièce de théâtre singulière, puisqu’elle remplit durant près de 3 heures toute une reconstitution d’hôtel de 5 étages, avec toutes les conséquences d’ubiquité et de non linéarité qui en découlent. Libre de vos déplacements, vous verrez ce qu’il se déroule devant vous et manquerez ce qui se déroule ailleurs, au même moment.

Oui, les personnages masqués, ce sont les spectateurs. Photo : Robin Roemer

Les valeurs ensuite défendues par Sleep No More prennent tellement à rebrousse-poil notre époque qu’elles en deviennent aussi excitantes qu’effrayantes. Si vous jouez le jeu,

Vous serez seul, isolé de vos proches, masqué
Vous n’immortaliserez, ne filmerez, ne partagerez rien
Vous manquerez des pans entiers de l’intrigue
Vous serez perdus, à tous les sens du terme
Vous serez fatigués, à tous les sens du terme
Vous serez voyeur, tout en étant gêné par le voyeurisme des autres
Vous pourrez approcher les acteurs, ils vous bousculeront parfois
Vous pourrez toucher, manipuler, explorer le décor
Vous aurez peur, sans ne jamais sursauter
Pas d’applaudissements, pas de mots : vous ne communiquerez pas

Avec Jules et Maïa, nous sommes évidemment ressortis de cette immersion abasourdis et chacun avec nos propres morceaux d’histoires et nos questions pour les deux autres, formant notre expérience unique. Qui a vu quoi ? Qui s’est attardé où ? Qui a manqué volontairement un noeud de l’intrigue juste pour éviter la foule de masques et vaquer seul ? Qui a crée ses propres scénarios de chaque performance, à défaut de capter le scénario principal ? Qui a suivi un même personnage du début à la fin ?
Quelques heures plus tard, je continue de trembler et de bouillonner sur l’ampleur de cette performance et les possibles qu’elle pourrait engendrer. C’est proprement dingue.

Si vous avez la possibilité de vivre Sleep No More, comment le dire le plus honnêtement et fermement possible : foncez, entrez, laissez-vous porter et ressortez bouche bée.

18
AUG

Pour les besoins d’un shooting dont je vous reparlerai, me voici 3 jours à New York, pour bosser avec Jules Pajot.

Nous voici donc ce matin, comme de vrais freelances, en train de travailler dans un de ces petits cafés branchés, au sens cool et au sens wifi du terme.

Cette imagerie du bureau on the go, de third place popularisée par Starbucks peut évidemment paraître surestimée, ou sortie d’une vidéo promo typique d’un nouveau réseau social. Mais dans les faits, j’ai toujours aimé bosser dans les cafés.

Déplier son bureau, se connecter, commander beaucoup de munitions caféinées et calorifiques, se faire à l’ambiance du jour et bosser avec la rue comme vue. La combinaison de familiarité (ton ordinateur) et de d’inconnu (ce nouveau lieu, cette nouvelle ambiance) invite la concentration et repousse la routine.

De là à remplacer à un vrai bureau, non. Mais comme un petit week end Air BnB, il est bon de régulièrement se poser autre part, pour bosser avec le minimum d’équipement et le maximum de dépaysement.

14
AUG

Beaucoup de trop de disparus précoces, cet Été. Donc, du rire.

Dans la vie, il existe quelques formes d’humour qui me font et feront hurler de rire à coup sûr. 100% de réussite garantie :

5. Les gens qui tombent par terre

4. Les sourires Nutella

3. La crasse à un(e) pote qui dort

2. La blague des steaks qui se sont cachés

1. La photo “glamour” ruinée au stylo BIC (ici, l’oeuvre de mon frère)

8
AUG

« J’avoue, je triche un peu. »

Dans le vol low cost qui m’emmène chez ma mère à Tenerife, la femme devant moi sourit malicieusement, mi-coupable, mi-fière. Nous échangeons depuis quelques minutes à propos du fameux jeu vidéo 2048.

J’ai remarqué ma voisine et son obsession dès l’installation dans nos sièges. Assise, attachée, elle dégaine immédiatement un iPad Mini et lance le jeu qui a scotché des millions de personnes.

Faisant partie des amateurs assez avertis de 2048, je comprends très vite que cette dame n’est pas une simple amatrice. Son rythme d’exécution, sa technique d’empilement des petits chiffres, de calage des grosses rangées, sa hiérarchisation des valeurs et des espaces, la rapidité à atteindre le chiffre 2048 – et le manque d’émotion lié à ce “Graal” en sont les preuves : elle squatte grave le jeu.

Piqué de curiosité, je profite de mon retour des toilettes pour engager la conversation, sur la base du hi-score affiché, 36000 points, score dans la moyenne, mais pas fou. Elle me sourit immédiatement :

« C’est le score sur l’iPad, je suis beaucoup plus haut sur mon PC ! »
« - Ah oui ? Combien ? » Je matérialise mentalement un petit 100 000.
« – 350 000 points, au moins ! »
« - Pardon ? » Je matérialise maintenant une erreur de lecture de sa part.
« – Oui, environ ! »
« – Vous avez atteint quelle valeur max, 8192 (la plus haut valeur que j’ai vue) ? »
« - Oh, bien plus haut que ça, hehe ! Dans les 30000 ! » Je matérialise la monstrueuse tuile de 32768.

Bien qu’incapable de me donner le multiple exact, sa fierté déborde de sincérité. Jusqu’à l’aveu.

« J’avoue, je triche un peu. »

Ah ! Elle avoue ! Ces fameux clients de jeu complètement crackés, permettant toutes les fantaisies, jusqu’à écrire soi-même son score !

« - Je joue avec les cookies. » Ah ?
« - Comment cela ? »
« - Eh bien en fait, dès que j’atteins un 2048 avec le reste du tableau bien propre, je lance une nouvelle tabulation et je copie l’url : le navigateur démarre alors un nouveau jeu, mais pas de zéro : dans le même avancement que la tabulation où je joue. Ca ne marche qu’avec mon Firefox. »
« - Du coup, dès que cela se barre en vrille, vous redémarrez d’une tabulation où tout est encore propre ? »
« – Voilà ! » Sa fierté est palpable. « C’est comme si j’avais des petites sauvegardes de mes avancées, qui me permettent de créer comme une partie parfaite de 2048. »

Je pense sourire autant, si ce n’est plus que ma camarade de jeu de vol. Cette petite quinquagénaire, à sa manière et dans son coin, a trouvé un bug dans son navigateur pour mettre en place un système de sauvegardes incrémentales et ainsi, exploser les scores du seul jeu vidéo, qu’elle a découvert par hasard.

Vous, les gamers, avez immédiatement fait le lien avec les « Super Plays », ces pratiques extrêmes du jeu vidéo, tournées vers la performance pure et usant souvent de ce stratagème pour offrir des runs parfaits dans Super Mario, Quake et autres Half-Life.

Je n’ai pas voulu embrouiller ma joueuse avec les histoires de Super Play. Quelques minutes plus tard, elle revient vers moi et m’indique son mari, assis dans l’autre rangée de l’avion. Elle lui passe l’iPad, orné d’un beau 4096, le reste du board presque vierge.

« - Je lui passe le relai ! Comme il vient de s’y mettre, c’est lui qui monte de 0 jusque 2048, ensuite, je prends la main. »
Son mari, en souriant : « - Oui, je suis un peu son assistant ! »
- « Tu me le gâche pas celui là hein ! »

Ils rient tous les deux, elle sort son Kobo et lit pendant qu’il attaque l’ascension vers un 8192. Il échouera, avec un score de 51000 et quelques. Malgré leur répartition des tâches, elle reprendra l’iPad pour mécaniquement redémarrer une quête du chiffre.

A la descente de l’avion, je les prend en photo et demande quelques derniers renseignements : non, ils ne jouent pas à d’autres jeux vidéo. Oui ils essayeront Threes. Oui, il s’amusent comme des petits fous. Oui, ils m’ont mis la banane. Oui, je me suis remis à 2048.

4
AUG

La nouvelle, attendue, est tombée. La réaction, comme prévue, est choquée.

Le légendaire Studio Ghibli ferme.

Plus précisément – et pour surnager du tumulte d’émotions et de raccourcis déferlant cette nuit parmi les millions de fans, le Studio Ghibli va arrêter de produire des longs métrages d’animation. Comme il le faisait jusqu’alors. Le spécialiste Catsuka détaille tout, très bien, ici.

L’entreprise n’est pas juridiquement morte (5 employés, une division publicités), mais l’essentiel ne change pas : Près de 30 ans après la création du studio et près d’un an après la retraite de son maître Hayao Miyazaki, Ghibli ne pouvait plus voler.

Un destin déjà prédit en 2010, lors de la 1ère retraite.

Le four des deux derniers longs métrages, l’incapacité à construire une serre à nouveaux talents comme chez Pixar, le coût faramineux des artistes… Le départ de Miyazaki laissait peu de chances, autre que l’espoir fou des fans de voir son studio lui survivre.

Comme tout le monde, je vois défiler devant mes yeux et mes oreilles des centaines de moments, de visions, de souvenirs forts issus de tous ces chefs d’oeuvres. Des moment sacrés de notre culture.

Peut-être nous accrochons-nous trop, transformants les souvenirs en reliques, les artistes en dieux. Miyazaki, comme un homme, a décroché et entamé une nouvelle vie.

Comme il le dit si bien, mi bouddhiste, mi-taquin, dans ces images*, il ne faut pas sacraliser le studio lui-même. Son héritage perdurera dans les talents qui en émanent et qui s’exprimeront autre part.

Alors : arigato, Hayao “Totoro Porco Monono Chihiro Ponyo & co” Miyazaki,

et merci, tout le studio Ghibli.

(*tirées du documentaire “The Kingdom of Dreams and Madness” par Nicholas Kole, via netsabes)

1
AUG

Les films de vacances, c’est chouette, sauf quand il faut les monter pour le rendre digestes.

Heureusement dans la famille, nous avons ma soeur, pour ça. C’était notre voyage au Vietnam (j’en parle ici, elle en parle là), l’année dernière, c’était fort.

Et bonnes vacances de cette année !

31
JUL

L’autre jour, Pénélope, qui vit et travaille au Vietnam, me raconte qu’on a cambriolé sa bijouterie et surtout, pourquoi :

“- Il y a une recrudescence des vols et agressions au Vietnam, à cause de la Coupe du Monde au Brésil…”

“- Ah bon ?”

“- Beh oui, les viets adorent parier.”

“- Et ?”

“- Et quand ils parient, ils ne rigolent pas. Beaucoup étaient persuadés que le Brésil allait gagner à domicile. Du coup, plein de vietnamiens ont parié beaucoup de leur argent, quand ce ne sont pas toutes leurs économies. Depuis, c’est la merde, plein de gens sont ruinés et se tournent vers le crime.”

Particulièrement triste et pathétique.

24
JUL

En ce moment, j’essaye d’être moins créatif-touche-à-tout et plus exécutif-touche-au-but.

Retrouver un rythme, donner l’exemple, récupérer de l’argent et en rendre.

C’est parfois grisant, souvent déprimant. Mais je dois le faire.

Je me demande très souvent ce que j’ai envie de faire. Me recentrer, pour enfin tout donner dans un domaine et ne plus distiller dans dix domaines ? Trouver un job normal et financer mes hobbies ? Partir sur un énorme projet ? Créer un jeu vidéo ? Déjà, terminer tous mes jobs avant de partir me ressourcer.

Je vous ai dit que je bosse sur NRJ12 ? La prochaine fois.

4
JUL

De retour du Brésil, où nous avons passé 10 jours fous à matter du foot. Plein de foot. Partout.
Du coup, comme je testais un appareil 360 (le Ricoh Theta, dont je vous reparlerai sur Lense), j’en ai profité pour immortaliser les endroits, du boui boui au stade, en passant par la plage et les taxis.

Cliquez pour naviguer dans l’image !

Petit 360 degré de la plage Futuro, où les fans français ont mis la misère aux fans suisses ! #theta360 – Spherical Image – RICOH THETA


Croco Beach, pour France – Suisse. Fans Suisse que nous avons passablement énervés avec notre joie.

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24
JUN

Cela fait 3 jours que je voyage au Brésil, pour suivre la Coupe du Monde de football, dans les bars, les stades, les plages.

Après le fantastique Portugal – Etats-Unis, nous étions assis sur un banc sur la place en contrebas du centre culturel de Fortaleza, en train de siroter les Caipinhas de Cletinhos (les meilleures selon mon ami Boussic’), je mangeais mon bol de viandes grillées et riz aux haricots rouges.
Entre le gros bar-club du coin et notre grande place publique pleine de stands de nourritures et de boissons, un petit terrain de football urbain délabré : buts incrustés dans le grillage, sol en béton. Trois petits brésiliens l’occupent : deux jumeaux gringalets se défient le droit de tirer sur leur ami gardant les buts.

Il ne faut pas 5 minutes pour comprendre qu’ils sont très forts (c’est mon instant scoot de jeunes talents à importer en Europe). Je les regarde jouer ensemble et enchaîner les tricks. Puis, les supporters américains arrivent depuis la Fan Zone. Certains, encore échaudés du nul concédé in extremis contre le Portugal 30 minutes plus tôt, veulent tâter du ballon.

Ils jouent avec les enfants, avant de jouer contre eux, en découvrant qu’ils sont de petits prodiges. Non seulement ces futurs Neymar en devenir jouent extrêmement bien et placent dribbles, crochets, débordements et tirs mais physiquement, ils n’hésitent à aller au contact de gaillards faisant bien deux à trois fois leur poids.

Respectueux, les américains jouent aussi très sérieusement et les phases d’attaque / défense se transforment en un vrai match.

Je suis hypnotisé par le spectacle et rameute mes compagnons de voyage, pour assister à la rencontre. Très vite, d’autres américains et un chilien se joignent à la partie, ainsi qu’une new yorkaise, sans doute membre d’un club de foot. Ca joue très vite, très engagé, très spectaculaire.

Personne ne fait de cadeau, quelque soit les profils des joueurs (enfants, adultes, hommes, femmes). Tu entres dans l’arène pieds nus et tu pars pour 10 minutes d’attaque / défense le couteau entre les dents.

Alléchés, mes amis Franck, Haron, Farid et Seb, footeux de longue date (pas comme l’handicapé des pieds que je suis) prennent la gagne avec un brésilien portant le maillot de Cristiano Ronaldo.

Le match contre les américains (dont un joueur avec pieds et mains incomplets particulièrement retors) ayant sorti les jumeaux brésilien s’avère tendu, mais les français (et leur recrue brésilienne) l’emportent 2-1.

Sur le bord du terrain, ça s’est largement rameuté depuis et des équipes de fans étrangers comme de jeunes locaux font la queue pour prendre la gagne, premier à 3 buts ou plus haut score au bout de 10 minutes.

Je sers de pseudo orga et surtout de chrono. Toujours plus de monde, toujours autant d’engagement, pas mal de filles footeuses. Le tout avec une bienveillance tacite de chacun envers les autres.

Mes amis perdent leur second match contre de jeunes locaux très physiques. Ils quittent le terrain en nage (et peu en sang), mais heureux d’avoir vécu ça. Les deux petits jumeaux surdoués demandent en brésilien quand est-ce qu’ils peuvent prendre la gagne.

De mon côté et de mon point de vue, j’ai l’impression d’avoir assisté à une longue publicité pour Nike ou Adidas, mais je préfère penser que les pubs Nike ou Adidas s’inspirent de beau morceaux de réalité comme celui-ci.

C’était juste un soir, dans un quartier populaire de Fortaleza. Demain, nous partons pour Rio, la capitale mondiale du football et du football de rue.